Une deuxième découverte pour la peinture est décisive, celle de la culture Arabo-musulmane à travers une initiation à l’art en Islam : architecture, calligraphie, ornements, enluminures... L’union de ces deux influences marquera une période de création intitulée : "Notes Afro-Orientales" Actuellement, les thèmes représentés sont librement inspirés et d’avantage figuratifs. L’intention artistique s’inspire du crédo des peintres symbolistes : "Le peintre ne doit pas peindre ce qu’il voit au dehors, mais aussi ce qu’il voit en lui-même." Pollens tente pour cela de peindre ses paysages intérieurs. Une attention particulière est accordée à la préparation des toiles, le grain doit être proche de celui d’un papier, ainsi le dessin est plus précis. Sur la toile blanche, dans un abandon volontaire, une multitude de courbes sont tracées au crayon ; Elles ne seront jamais effacées (pas de repentir) et trouveront leur place dans la composition. Dans ce magma de traits, de chaos en noir et blanc, l’inconscient fait alors émerger des formes, qui seront cernées et deviendront des scènes … Si l’on peut y lire des symboles, il ne s’agit pas d’une peinture allégorique car il n’y a pas d’analyse pendant l’acte de peindre, le mode de création étant la révélation, il est proche de la mécanique du frottage et des "visions provoquées par …" de Max ERNST. Sur des fonds à la fois diaphanes et altérés, ou bien sur un ciel coloré évoluent des formes hybrides, des créatures fantastiques mi-organiques, mi-humaines et leur traitement réaliste fait basculer l’imaginaire dans le champ du réel. La couleur quant a elle, quitte sa fonction naturaliste : elle est intense et pure c’est la couleur de l’esprit. Elle est appliquée par couches fines et transparentes (technique du glacis) ce qui ajoute à l’ambiance mystérieuse. Il n’y a rien dans la représentation qui puisse indiquer le temps : passé, présent et futur se trouvent confondus. C’est une peinture offrant des mondes qui en cachent d’autres et dont la signification ne se livre jamais au premier coup d’œil.
L’émotion éprouvée lors de cette rencontre est à la fois spirituelle par la sacralité qu’on connait de l’Afrique Noire, mais aussi physique, car le contact avec une nature sauvage a sensiblement inspiré des énergies, des matières, une chaleur des couleurs ainsi que des formes imaginaires semblables à des sculptures.
Pollens : portrait Issue d’une famille d’artistes d’inspiration plutôt classique, Karine Pollens a grandi dans la sensibilité de l’âme slave. De nombreux voyages ponctuent sa jeunesse – Inde, Indonésie, Népal, Mexique, Cote d’Ivoire…. C’est à l’école des Beaux-arts de Versailles qu’elle développe son thème de prédilection : "La représentation des lieux sacrés et corps en méditation", celle-ci sous une forme syncrétique. Après l’Ecole des Beaux-arts, elle part vivre en Afrique de l’Ouest (Cote d’Ivoire) et c’est la rupture avec une ancienne conception de l’art. L’artiste se dirige alors vers l’abstraction avec un grand intérêt pour l’art et les traditions de la société africaine, notamment des ethnies Baoulé, Guro, Ebrié….